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" Les Plaisirs Démodés "

Passionnée par la littérature, la musique et le cinéma, " Les plaisirs démodés" est un espace où je partage mes coups de cœur d'un autre temps. Un temps où l'on prenait le temps d'écouter les paroles d'une chanson, d'apprécier la plume d'un écrivain, d'admirer l’œil d'un réalisateur... Je ne suis pas nostalgique, j'aime mon époque, mais quel bonheur d'aller vivre au XIXème siècle ou dans les années 30,... le temps d'un livre, d'une mélodie, d'un film... Je ne suis spécialiste de rien, mais curieuse de tout, et ma seule ambition serait de vous donner envie de (re)découvrir les merveilles de notre culture littéraire, musicale ou cinématographique. Alors, asseyez-vous, détendez-vous et laissez-vous bercer par ces plaisirs démodés.

 
 

« Les époques changent, l'amour reste. »

Charles Aznavour - Les Plaisirs démodés

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  • celine.p

"Good Morning, Vietnam" : Parler maintenant ou se taire à jamais !

Dernière mise à jour : avr. 16

Il parle, parle, parle, toujours quelque chose à répliquer même quand il devrait clairement la boucler. Sa grande bouche c'est son arme contre la morosité, contre la guerre et son absurdité, contre la débilité de sa hiérarchie, c'est son bouclier de Capitaine America à lui. Lui, c'est Adrian Cronauer. Animateur radio de son état, l'aviateur au cœur d'artichaud porte sur son dos la lourde charge de garder le moral des troupes américaines au plus haut, alors que cette guerre du Vietnam tire plutôt les Etats-Unis vers le bas.


Robin Williams incarne Adrian Cronauer dans "Good Morning Vietnam".

Robin Williams, du rire au larme


D'un tonitruant "Gooood Mooooorning , Vietnaaaaaaam !", Adrian Cronauer, campé par le brillant Robin Williams, ouvre son émission en secouant les esprits pour réveiller les consciences ! Lorsqu'il débarque à Saïgon, sa mission est claire : il doit distraire les soldats qui se battent sur le front. Dès sa première intervention sur les ondes, son humour piquant et son ton provocateur sont loin de plaire à ses chefaillons qui prennent vite ombrage des blagues du trublion. Le hic, c'est sa popularité ! Pas facile d'évincer un mec qui fait l'unanimité de toute une armée. Il fait le job, même si ses propos irrévérencieux lui attirent les foudres de certains hauts gradés. Pour incarner ce bavard invétéré qui saoulerait facilement un régiment entier, Robin Williams était l'acteur rêvé ! Il apporte toute sa sensibilité, sa poésie à ce personnage qui n'aurait pu être qu'une tête à claque dotée d'une bonne répartie. Robin Williams avait la faculté de transcender les rôles qui lui étaient confiés, en apportant cette touche d'émotion qui rend tous les mots bien plus profonds. Tantôt l'œil moqueur, tantôt le sourire triste, il joue avec toutes les nuances de sa palette d'artiste.


La parole de trop


Quel plaisir pour moi de redécouvrir la performance incroyable de Robin Williams dans ce film devenu cultissime. Sorti dans les salles obscures en 1988, "Good Morning, Vietnam " réalisé par Barry Levinson est une comédie qui fait grincer des dents sur l'implication décriée de l'armée américaine dans la poudrière vietnamienne. À travers la vision d'un animateur radio qui débarque dans cette guerre comme un chien dans un jeu de quilles, on découvre le pouvoir des mots et le danger d'en être privé. Si au départ Adrian Cronauer ne semble être là que pour faire le bouffon dans son émission, au fur et à mesure du film il se révèle en ayatollah de la vérité. Mais cette vérité qui serait pourtant bonne à dire n'a pas toujours sa place en temps de guerre. La parole libérée d'Adrian Cronauer est une bouffée d'air frais pour les soldats, sauf que ce franc-parler à un prix à payer...Et la facture est salée.


VF ou VO, un choix compliqué


Tout le sel de ce film repose sur la verve de Robin Williams, sur ces répliques, sur son débit, ses jeux de mots...et c'est là que le choix de la VF ou de la VO devient compliqué. Moi qui suis née justement en 1988, j'ai eu l'habitude toute mon enfance de regarder les films des années 80-90-2000 en version française, je suis donc habituée aux voix de nos excellents doubleurs français, qui sont comme des petites madeleines de Proust auditives. Là n'est pas le problème. Le choix cornélien arrive lorsqu' Adrian Cronauer passe derrière le micro : tout va trop vite pour moi, je n'ai pas le niveau en anglais pour suivre, même les sous-titres défilent à un rythme d'enfer. D'un autre côté, je reste persuadée que ses jeux de mots et références ont sans doute davantage de sens en anglais.

L'autre argument qui pourrait faire pencher la balance du côté de la VO, c'est le doublage français ultra cliché des personnages Vietnamiens. Cet accent asiatique à couper au couteau est vraiment trop proche de la caricature et prête à rire quand il faudrait pleurer ! Je m'étonne d'ailleurs que les amateurs de la "cancel culture" ne se soient pas attardés sur le sujet, mais chuuut, tant mieux, on n'est pas là pour donner du grain à moudre à ces censeurs décérébrés. C'était la fin des années 80, et ce doublage pourri fait partie du charme des films de cette époque, c'est en conservant ce genres de maladresses qu'on se rend compte des faiblesses d'une société. Supprimer, c'est nier nos erreurs du passé, et si on ne se souvient plus de nos erreurs, comment les corriger ?


Refermons la parenthèse, mon petit mouvement d'humeur est passé, et reprenons le débat, VF versus VO, que choisir pour regarder "Good Morning, Vietnam" ? De mon côté, j'avoue avoir choisi la facilité, et sans trop de regret, si j'avais poursuivi en VO, mon faible niveau d'anglais m'aurait fait manquer des punchlines d'anthologie :


« Un fumier de cette envergure fertiliserait tout le Sinaï. »

« - Six Chevrons, trois en haut, trois en bas, qu’est-ce que ça fait ?
- Une pub Citroën ? »

Quel que soit votre choix, le purisme de la VO ou le confort relatif de la VF, laissez-vous aller, laissez-vous séduire par le sémillant Adrian Cronauer, laissez-vous bouleverser par son besoin de vérité, par sa sincérité, son envie de trop parler quitte à se tromper. Même si les cinémas sont toujours fermés à l'heure où j'écris ces lignes, on a toujours la liberté de se rabattre sur les plateformes vidéos qui révèlent tout leur intérêt lorsqu'il s'agit de redécouvrir les pépites du passé, nos si précieux plaisirs démodés !

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