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" Les Plaisirs Démodés "

Passionnée par la littérature, la musique et le cinéma, " Les plaisirs démodés" est un espace où je partage mes coups de cœur d'un autre temps. Un temps où l'on prenait le temps d'écouter les paroles d'une chanson, d'apprécier la plume d'un écrivain, d'admirer l’œil d'un réalisateur... Je ne suis pas nostalgique, j'aime mon époque, mais quel bonheur d'aller vivre au XIXème siècle ou dans les années 30,... le temps d'un livre, d'une mélodie, d'un film... Je ne suis spécialiste de rien, mais curieuse de tout, et ma seule ambition serait de vous donner envie de (re)découvrir les merveilles de notre culture littéraire, musicale ou cinématographique. Alors, asseyez-vous, détendez-vous et laissez-vous bercer par ces plaisirs démodés.

 
 

« Les époques changent, l'amour reste. »

Charles Aznavour - Les Plaisirs démodés

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Présentation du Sutra I.33 de Patanjali : Et si la bienveillance revenait dans nos vies ? (Partie 2)

Dernière mise à jour : oct. 6

Suite de la Présentation du Sutra I.33 (cliquez sur ce lien pour avoir le début de l'article Partie 1 )



Pourquoi s'ouvrir aux autres pour se recentrer sur soi ?

On pourrait penser qu’il y a une sorte de paradoxe dans ce sutra. Pourquoi Patanjali nous dit qu’il faut être ouvert aux autres en ayant les bonnes réactions sociales, dans le but de se recentrer sur soi ? De prime abord, on aurait envie de penser que pour se retrouver avec soi-même et connaître l’apaisement de l’esprit, il faudrait se couper du monde, vivre à l’écart des autres,... mais ce serait sans doute une erreur. Nier l’existence des autres, ce n’est pas une manière d’être en accord avec soi-même. Nous sommes des êtres sociaux, nous avons besoin d'interactions pour nous épanouir. À l’ère de Netflix, des télévisions 4k et des home cinéma, pourquoi allons-nous toujours au cinéma (enfin quand c’est possible) ?On peut tout à fait regarder des films dans des conditions optimales chez soi, pourquoi se déplacer dans une salle pleine de monde ? Ce n'est pas que parce que l'écran est plus grand, non, c'est aussi parce que nous avons besoin de vivre des émotions ensemble. C’est pour cela aussi que nous pratiquons le yoga en groupe, l’énergie des uns et des autres nous porte. Nous sommes seuls sur notre tapis, comme nous sommes seuls assis dans notre siège de cinéma, mais nos énergies, nos émotions nous relient les uns aux autres. D’où l’importance de réagir de la bonne manière lorsqu’on rencontre telle ou telle émotion chez les autres.


Aller à l’encontre de certains de nos sentiments humains

Mais est-ce naturel pour l’humain de réagir de manière appropriée comme nous le conseille Patanjali ? Est-ce que ce n’est pas aller à l’encontre de sentiments premiers qui viennent souvent d’instinct comme la jalousie, l’envie, le jugement ? Dans le livre de Mircéa Eliade, Patanjali et le Yoga, on trouve cette réponse : “Le Yogin s’efforce de renverser totalement le comportement normal : il s’impose une immobilité pétrifiée du corps (asana), la rythmisation et l’arrêt du souffle (pranayama), la fixation du flux psycho-mental (ekagrata), l’immobilité de la pensée, [...]. A tous les niveaux de l’expérience humaine, il fait le contraire de ce que la vie lui demande de faire. [...]Le renversement du comportement normal situe le yogin en dehors de la vie.” On peut faire le lien avec le sutra 33, dans le sens où Patanjali conseille un comportement de bienveillance mais aussi d’indifférence à l’autre, ce qui va souvent à l’encontre des sentiments humains. L’Homme a une tendance naturelle à être jaloux du bonheur des autres, à être envieux, à être dans le jugement, à se soucier de ce que pensent les autres. Ces sentiments “mauvais” ne sont pas bénéfiques pour la tranquillité de l’esprit, cela veut dire qu’on se laisse diriger par notre rapport à l’autre.

Pour arriver à une concentration de l’esprit sur le présent, le Yogin doit s’élever au-dessus de tout ça, au-dessus des préoccupations matérielles et profanes. Cela peut paraître paradoxal : ce sutra 33 parle justement de notre rapport aux autres, et donc nous place de fait dans le monde, et pourtant Mircéa Eliade nous dit que le Yogin se situe "en dehors de la vie". En fait, le Yogin cherche à être dans le présent, un “éternel” présent, en dehors du temps. Pour atteindre une concentration de l’esprit assez puissante pour être dans le moment présent, l’esprit ne peut pas être pollué par des sentiments qui induisent des souffrances. Comme l’écrit Alyette Degrâces : " il faut prendre conscience de l’autre mais sans se laisser déterminer par lui."


Cultivons notre jardin

J’aimerai maintenant partager avec vous une autre traduction de ce sutra 33, celle d’Eric Sablé que j’ai trouvé dans le livre Les Yogas-sutras de Patanjali à la lumière des premiers commentaires indiens : “Le mental se purifie (prasada) en cultivant l’amitié (maïtri), la compassion (karuna), la joie (mudita), la paix (upeksha) [et cela] quelles que soient les situations, dans la douleur, dans la pureté et l’impureté”, une traduction qu’il explicite encore plus précisément en ces termes : “ Le yogi doit cultiver l’amitié, la bienveillance à l’égard de tous les êtres vivants qui sont heureux, la compassion à l’égard de ceux qui sont dans le malheur, la satisfaction pour ceux qui sont vertueux, l’indifférence envers ceux qui ne le sont pas. S’il cultive ces qualités le karma blanc [Lumineux] apparaît en lui. La psyché devient calme et lorsqu’elle est calme, apaisée, elle peut se concentrer sur un seul objet et atteindre la stabilité.”

Bhoja précise cette pensée, en affirmant qu’il faut cultiver toutes ces qualités pour trouver la paix de l’esprit et vivre le Samadhi. Pour lui, Patanjali préconise de chercher à aider celui qui est dans le malheur, et ne pas rejeter une personne qui agit mal, en étant au pire indifférent à ces actes.

Cette traduction et cette interprétation m’ont fait pensé au personnage de Candide dans l'œuvre de Voltaire, parce qu’à plusieurs reprises on retrouve le verbe “cultiver” : cultiver ces qualités, cultiver la bienveillance. On retrouve en effet le même terme dans la conclusion du voyage initiatique de Candide, “Il faut cultiver notre jardin”. On pourrait interpréter cette conclusion de cette manière : en nous concentrant sur le fait de cultiver notre jardin, alors on cultive notre jardin intérieur pour y trouver la paix de l'esprit. Cultiver son jardin, c’est à la fois se concentrer sur le présent, et ne pas se laisser perturber par des sentiments qui engendrent de la souffrance. Le verbe “cultiver”, implique un travail, ce n’est pas un acte passif de cultiver un jardin, comme de cultiver des qualités. C’est d’ailleurs la philosophie de Candide, il faut travailler pour trouver le bonheur, et dans le cas du sutra de Patanjali, on peut se dire qu’aller à l’encontre de sentiments controversés, est un travail sur soi (qui n'est pas toujours simple!). C’est un chemin initiatique intérieur comme celui que vit Candide dans le livre de Voltaire qui découvre le monde et ses horreurs, et finit par se dire qu’il vaut mieux rester à l’écart et cultiver son jardin au sens propre comme au figuré. Le commentaire de Bhoja me ramène encore à Candide et à cette phrase “Il faut cultiver notre jardin”, il ne dit pas “il faut cultiver son jardin”, il dit NOTRE, ce qui signifie que l’acte n’est pas forcément complètement individuel, ce pronom possessif implique un “nous”, ce qui signifie que cette recherche d’une paix intérieur ne s’abstrait pas totalement de la vie extérieure, des autres. Comme le dit Bhoja, il ne faut pas rejeter l’autre, ni le juger, et il faut même venir en aide à celui qui est malheureux.


Parallèle avec le principe de non-nuisance

On peut donc mettre en relation directe ce sutra de Patanjali avec le principe d’Ahimsa, la non-violence ou non-nuisance, autrement dit la bienveillance. On retrouve cette notion de bienveillance dans la traduction du sutra 33 que j’ai trouvé dans le livre Lumière sur Les Yoga Sutra de Patanjali, de B.K.S. IYENGAR : “ Le contenu mental acquiert des dispositions favorables, sereines et bienveillantes en répondant par l’amitié, la compassion, la joie et l’indifférence face, respectivement, au plaisir et à la douleur, à la vertu et au vice.” Forcément, lorsqu’on évoque ce principe de non-violence, on pense tout de suite à un personnage de notre histoire contemporaine qui incarnait parfaitement cette philosophie, je veux parler évidemment de Gandhi. Gandhi n’hésitait pas à traduire Ahimsa par le mot amour. Et finalement, est-ce qu’il s’agit d’autre chose ? Ne pas juger, ne pas envier, être heureux pour les autres, n’est-ce pas tout simplement aimer les autres ? Cela paraît si simple dit comme ça, et pourtant c’est un fait indiscutable, le monde irait bien mieux si tout le monde appliquait l’Ahimsa. Ce qui est loin d’être le cas malheureusement. Comme le disait Gandhi : La non-violence, sous sa forme active, consiste en une bienveillance envers tout ce qui existe. C'est l'amour pur. Ce chemin vers la réalisation de soi, ce chemin vers l’apaisement de son esprit passe donc par l’amour, par se délivrer de ses sentiments mauvais envers les autres.


Rajakapotasana, la posture symbole de paix

Pour faire le lien avec la pratique corporelle du Yoga, j’ai essayé de trouver un asana qui pourrait favoriser l’application de ce sutra, une posture qui pourrait s’en rapprocher symboliquement. Dans le Namaskar n°83, je suis tombée sur Rajakapotasana, la colombe, et j’ai trouvé que cette posture qui ouvre la cage thoracique, qui ouvre donc le cœur, était tout à fait à propos avec mon sujet . En lisant la description que fait le magazine de cette posture, mon intuition s’est confirmée : “La colombe, oiseau blanc fait de grâce et de beauté, est un symbole universellement accepté. Dans l’hindouisme, elle peut exprimer Ahimsa, la non-nuisance ainsi que la loi de l’amour, toutes deux fermement défendues par Gandhi dans ses combats sociaux et politiques. (On y revient!) La pratique de Rajakapotasana avec la connaissance de sa portée symbolique aide à induire un calme intérieur, à ouvrir à l’amour et à élargir l’espace de conscience du pratiquant.” Cette présentation n’est pas exhaustive il y aurait tellement de choses à dire sur ce sutra 33, mais il faut savoir faire des choix et conclure. Pour terminer, je partage avec vous les paroles de Shri Mahesh issues de son livre L’Inde, notre héritage qui permettent d’ouvrir la discussion sur ce sutra riche de sens : “ Le monde compte aujourd’hui plus de 6 milliards d’individus d’origines diverses, pratiquant des religions différentes et parlant des langues multiples. Qu’une telle masse de gens puissent se maintenir ensemble , tout en sauvegardant leur intégrité, dans l’unité et la continuité n’est pas chose facile. [...] La seule attitude à adopter c’est la compréhension mutuelle et l’assimilation, non l’intolérance, la haine et le fanatisme.” Bibliographie : Extraits du Magazine Namaskar n° 83 et 84 Les Yoga-Sutras de Patanjali à la lumière des premiers commentaires indiens, Erik Sablé. Yoga Sutras, Aux sources de l’enseignement du yoga, Alistair Shearer YogaSutras de Patanjali, Alyette Degrâces Patanjali et le Yoga, Mircéa Eliade Candide ou l’optimisme, Voltaire Lumière sur Les Yoga Sutra de Patanjali, B.K.S. IYENGAR Le Yoga de la longévité, Shri Mahesh L’Inde notre héritage, Shri Mahesh

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