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" Les Plaisirs Démodés "

Passionnée par la littérature, la musique et le cinéma, " Les plaisirs démodés" est un espace où je partage mes coups de cœur d'un autre temps. Un temps où l'on prenait le temps d'écouter les paroles d'une chanson, d'apprécier la plume d'un écrivain, d'admirer l’œil d'un réalisateur... Je ne suis pas nostalgique, j'aime mon époque, mais quel bonheur d'aller vivre au XIXème siècle ou dans les années 30,... le temps d'un livre, d'une mélodie, d'un film... Je ne suis spécialiste de rien, mais curieuse de tout, et ma seule ambition serait de vous donner envie de (re)découvrir les merveilles de notre culture littéraire, musicale ou cinématographique. Alors, asseyez-vous, détendez-vous et laissez-vous bercer par ces plaisirs démodés.

 
 

« Les époques changent, l'amour reste. »

Charles Aznavour - Les Plaisirs démodés

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Présentation du Sutra I.33 de Patanjali : Et si la bienveillance revenait dans nos vies ? (Partie 1)

Recueil de textes ancestraux, Les Yoga sutras de Patanjali dateraient du IIème siècle avant notre ère, mais résultent d'une tradition orale bien plus ancienne encore. Dans le cadre de ma première année en tant qu'élève professeur de Hatha Yoga, j'ai dû présenter oralement l'un des 195 aphorismes de Patanjali. J'ai choisi le sutra 33 qui représente à mes yeux, une véritable invitation à la bienveillance envers les autres et envers soi-même. Ma connaissance de la philosophie indienne est plus qu'infime pour le moment, mais les recherches (limitées) que j’ai pu faire sur ce sutra m’ont bousculée, m’ont fait réfléchir à notre monde actuel, et je me suis dit qu'un partage autour de la bienveillance ne serait pas de trop aujourd'hui.



Les Yogasutras de Patanjali, les fondations du yoga

Impossible de présenter un sutra en particulier, sans expliquer rapidement et très simplement ce que sont les Yogasutras de Patanjali. Ce recueil rassemble 195 aphorismes répartis en 4 chapitres. Le premier, Le Samadhi-Pada, s’attache à la concentration de l’esprit, puis le Sadhana-pada se focalise sur la pratique yogique qui mène à l’illumination spirituelle. Le Vibhuti-pada est l’étape ou la pratique yogique très poussée permet d’obtenir des pouvoirs surnaturels, un chemin sur lequel il ne faut pas se perdre, sans quoi il sera impossible d’accéder à la dernière étape, le quatrième chapitre de l’exposé de Patanjali, le Kaivalya-pada, la libération par rapport à notre vie terrestre, l’éveil, le détachement, le renoncement. On ne sait pas vraiment si Patanjali a réellement existé ou s'il représente un courant de pensée, toujours est-il que son texte est considéré comme la base de la pratique du yoga, et qu’il a été l’objet de nombreux commentaires dont les plus anciens sont ceux de Vyasa, Bhoja et Vacaspati Misra.


Le Sutra 1-33

Je vais donc vous présenter le Sutra 33 du premier pada, le Samadhi. C’est un sutra assez long et dense, au sens très profond. Très modestement, j’ai tenté de comprendre et je vais essayer de vous restituer les commentaires que j’ai pu trouver sur ce sutra mais aussi les réflexions personnelles qu’il m’a inspiré.



Pour commencer, voici la traduction qui m’est apparue comme la plus épurée et facile à comprendre, selon moi, il s’agit de celle d’Alistair Shearer dans le livre Yoga-Sutras, Aux sources de l’enseignement du yoga : “Il faut apaiser son esprit en étant bienveillant envers les être heureux, compatissant envers ceux qui souffrent , sympathisants envers les êtres bons, indifférents vis-à-vis des êtres mauvais.” Il existe de nombreuses autres traductions qui apportent quelques nuances à cet aphorisme, et nous en verrons quelques-unes plus loin.


Quel a été mon cheminement avant de choisir ce sutra ?

Avant d’aller plus loin sur les beaux messages délivrés par ce sutra, avant de les décortiquer, d’en soulever les difficultés, peut-être pour nous, à les appliquer dans nos vies personnelles, j’aimerai vous dire pourquoi j’ai choisi ce sutra 33.

Ce sutra est clairement une invitation à vivre en harmonie avec les autres, à ne pas mettre de côté notre être social, afin d'être ensuite plus apaisé soi-même. J’ai donc choisi sciemment ce sutra parce qu’il se confronte à notre situation actuelle, à ce virus qui circule et qui nous empêche, nous, de circuler librement et de se voir les uns, les autres. Cette expérience de confinement, de coupure du lien social nous a montré à tous, à quel point il était important pour l’être humain de se voir, de se toucher, de se rencontrer, de parler, de rire ensemble. Personnellement, je ressens le manque de ne pas pouvoir pratiquer avec mon groupe de yoga, de ne pas être portée par les énergies des uns et des autres.

J’ai aussi été interpellée par un article dans le magazine Namaskar n°84, dans lequel la philosophe Sofia Stril-Rever revenait sur la déclaration de notre Président de la République, qui a utilisé un vocabulaire très martial lors de l'une de ses allocutions pendant le confinement. “Nous sommes en Guerre”, a dit Emmanuel Macron, cette phrase qu’il a martelé d’un air grave et déterminé est évocatrice d’une certaine violence de notre société. Même si on comprend qu’il s’agit d’une lutte contre la maladie, la philosophe se demande dans cet article, si une autre manière de s’exprimer ne serait pas plus judicieuse. Elle écrit : “Dès lors, n’y a-t-il pas un autre vocabulaire, moins martial, qui désignerait tous les engagements dans la solidarité, le partage, l’amour, la fraternité, dont la société civile donne tant d’exemples ? N’y a-t-il pas une façon plus juste de nommer ce qui nous arrive, en termes de non-violence ?”. Depuis que nous sommes dans cette situation étrange, toujours entre deux confinements, dans la peur de se rapprocher des autres, j’ai aussi remarqué une animosité qui s’installe entre les gens, un jugement de l’autre encore plus intense, surtout sur les réseaux sociaux auxquels je suis souvent confrontée dans mon travail. À chaque fois que je tombe sur des commentaires injurieux, des gens qui s’affrontent littéralement sur des sujets sans le moindre intérêt, cela me rend triste et désolée pour ces personnes qui semblent tellement en colère. Je crois que c’est toute cette colère ambiante qui m’a donné envie de partager ce magnifique sutra 33 qui prône la bienveillance envers autrui.

J’ai aussi fait le choix de ce sutra pour ma première incursion dans la philosophie indienne, afin de faire un clin d'œil à ma professeur de yoga. La bienveillance est son sujet de prédilection, elle nous en parle souvent pendant les cours, et ce sutra 33 est dans la continuité de ce que j’ai appris de ma pratique du yoga avec Geneviève.


Quel est le but de ce sutra dans la pratique du yoga ?

Dans son livre consacré aux yoga sutras de Patanjali, Alyette Degrâces traduit ce sutra 33 ainsi : “De la manifestation d’amitié, de compassion, de joie, d’indifférence à leur objet (le bonheur, le malheur, le mérite et le non-mérite) vient la transparence de l’esprit."

Grâce à cette autre traduction plus littérale, on comprend bien le but de ce sutra, qui est d’arriver à une transparence de l’esprit. Une clarté qui ne peut se révéler qu’en prenant conscience de son rapport avec l’extérieur, le monde et les gens qui nous entourent. Pour autant ce sutra ne nous dit pas d’être ouvert à tout, parce que ce n’est pas une réelle ouverture, tout ne peut pas être acceptable. Notre réaction ne peut pas être la même face à tous les objets, l’amitié ne peut pas se manifester tout le temps, il faut donc savoir discriminer pour trouver la clarté de l’esprit. Alyette Degrâces souligne que lorsqu’on manifeste la bonne réaction, cela écarte les mauvais sentiments qui nous polluent l’esprit :

L’amitié (maitri) manifesté face au bonheur de l’autre, évite la jalousie.
La compassion (karuna) qui se manifeste face au malheur éloigne le désir de faire du mal, d’être mauvais envers les autres, de se complaire du malheur des autres.
La joie (mudita) devant le mérite des autres, nous enlève toute manifestation de l’envie.
L’indifférence pour le non-mérite supprime la condamnation de l’autre, le jugement.

Ces quatre qualités servent donc à annuler les “qualités” opposées pour atteindre une stabilité de l’esprit. Vyasa dit que ces quatre qualités sont "les ornements de l’esprit", ils le rendent beau, clair, transparent et agréable. Ces quatre qualités pourraient être réunies en une seule : la bienveillance. Être bienveillant envers les autres permet d’atteindre cet état agréable parce qu'on ne développe pas de nouvelles souffrances. Cette bienveillance envers les autres est donc une manière d’être aussi bienveillant envers soi-même en se protégeant de ces sentiments néfastes, ce qui permet d’apaiser notre esprit.


Parallèle avec la philosophie de vie sur l'île d'Okinawa

Ce sutra 33 m’a fait penser à la philosophie qu’on retrouve dans une autre culture qui me touche tout particulièrement, celle des Okinawaïens. Je suis allée sur l'île d’Okinawa, surnommée l'île de la longévité ou l’île des centenaires, il y a 3 ans maintenant. Cette île a été ravagée pendant la 2nde guerre mondiale, la population locale a été prise entre deux feux, d’un côté la cruauté des Japonais qui méprisaient la culture okinawaïenne et tentaient même de l'annihiler, et de l’autre la vengeance des Américains venus en découdre après Pearl Harbor. Pourtant, malgré toute la souffrance subie pendant cette période, les Okinawaïens ont construit un mémorial de la paix gigantesque, symbole de leur pardon, puisque les noms de toutes les victimes de la bataille d’Okinawa, de tous les camps, ont été inscrits. Si je vous parle de cette population, c’est parce que pour moi ils appliquent le sutra 33 dans leur quotidien. Lorsqu’on leur demande le secret de leur longévité, les Okinawaïens disent que pour vivre longtemps et en bonne santé, il faut faire de l’activité physique, manger de manière saine en quantité suffisante sans excès, et surtout il faut être bienveillant envers les autres afin d’être en accord avec soi-même. Nous sommes restés presque un mois sur cette île avec mon mari, et c’est vrai que je n’ai jamais ressenti autant d’apaisement et de sérénité que là-bas, où vraiment les gens sont toujours souriants et aux petits soins avec les autres, sans être envahissants. Ils ont un respect pour l’autre, et ce respect guide leur existence. Pour moi, ils ont compris qu’il fallait aller sur la voie du milieu. Ils ne se privent pas de manger par exemple, mais ils vont manger en conscience, par petite quantité pour se régénérer et se faire plaisir. De même, ils sont bons envers les autres, mais ils aspirent aussi à leur tranquillité dans leur individualité. J'évoque l’île de la longévité, ce qui me permet de réaliser une transition en douceur vers les paroles inspirantes de Shri Mahesh extraites de son livre Le Yoga de la longévité, dans lequel il revient sur l’aide que peut apporter la pratique du yoga pour vivre mieux ensemble : “La discipline du Yoga chasse la peur et inculque une force morale avec le maniement d’armes puissantes comme la non-violence, la tolérance et la compassion.” Des qualités qui se retrouvent justement dans le sutra 33 de Patanjali.

La sérénité d'un Okinawaïen sur la plage de Mibaru.

Pourquoi s'ouvrir aux autres pour se recentrer sur soi ?

(Suite de la présentation en cliquant sur ce lien Partie 2)